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Le risque de la sécurité
Si les années se suivent et semblent se ressembler, une analyse de détail des nouveautés 2010 déjà dévoilées permet de saisir les prémices d’une lente mutation. Décryptage…
Adrien Fabre
Si la crise économique a imposé aux entreprises de réduire leur production et, pour certaines, leur effectif, rien ne laisse suspecter qu’elles aient fait des économies sur le dos des bureaux de style et de tendances dont tout le monde attend une nouvelle dynamique. Et cela semble plutôt bien parti. La vingtième édition du SIHH (Salon international de la haute horlogerie) qui s’est tenue à Genève du 17 au 21 janvier a clôturé sur une note d’optimisme, la croissance de 12% du nombre de visiteurs et la hausse des commandes étant perçues comme des signes encourageants susceptibles de contribuer au redémarrage de l’activité. Ces résultats, corroborés par ceux du Geneva Time Exhibiton – le salon des indépendants – laisse ainsi augurer un Baselworld, lui aussi marqué par une reprise sensible du marché du luxe.
Refondre les grands classiques
Ne pas prendre de risques est, semble-t-il, le maître mot des marques bien décidées à recoller à la réalité en cette période compliquée. Mais sont-elles celles qui, aujourd’hui, pilotent le marché? Dans l’absolu, en effet, les montres aux esthétiques classiques ont toujours séduit les détaillants et plus encore leurs clients à la recherche d’une montre destinée à les accompagner de longues années. Pour reconquérir les premiers, et faire acheter les seconds, les marques proposent donc des instruments classiques, mais suffisamment inscrits dans l’air du temps pour ne pas être ringards. Le relooking de la collection Portugaise d’IWC* ou le lancement de la nouvelle collection Calibre de Cartier* sont deux illustrations de ce compromis entre une esthétique héritée des années 1950 et un design d’aujourd’hui, avec un éventail de produits, allant des modèles simples et sobres à des complications de haute horlogerie. Sauront-elles durablement séduire? La question est posée.
D’autres maisons ont préféré, elles, décliner leur icône (Jaquet Droz et sa Grande Seconde) ou donner un second souffle à d’incontournables références. Ainsi Jaeger-LeCoultre et Corum profitent de la tendance rétro chic typique des périodes de crise pour relancer, l’une, la Master Memovox, disparue des catalogues depuis 2005 mais toujours best-seller, et, l’autre, la Golden Bridge à travers diverses variations, cadrans pour lui, déclinaison féminine pour elle*.
Vintage identitaire
Ressortir des cartons les meilleurs modèles d’une époque donnée est une tendance qui se retrouve aussi bien dans les marques dites populaires que chez les plus élitistes. Même si, dans la conjoncture actuelle, donner un nouvel éclairage à des collections fortes pour les dynamiser est une volonté de laquelle est absente la notion de risque véritable, les résultats restent plutôt probants. A titre d’exemples, on citera ici Tissot qui a ouvert le bal en ressortant la Visodate de 1957, une référence incontournable d’une époque considérée par tous les puristes comme l’âge d’or de la montre-bracelet, ou alors TAG Heuer. A la suite du succès de la Monaco, le (re)lancement du chrono Silverstone s’impose presque comme une évidence, le parti pris de spéculer sur des instruments typés en période difficile s’étant, pour elle du moins, toujours révélé profitable. Breitling et ses Chrono-Matic* ou Colt GMT+, Eterna et sa future collection Héritage ou même Swatch et sa ligne Colour Codes reprenant, en mat ou en brillant, le design de ses premiers modèles, confirment la tendance.
L’extraplat comme complication
Sans risque également, on retiendra le choix de nombreuses marques à spéculer sur des valeurs horlogères pérennes. Outre le tourbillon, revu et corrigé qui fait un noté et notoire retour (AP, Breguet*, Bovet associé à Pininfarina, Cartier, GP, Jaeger-LeCoultre, Montblanc, Omega*, Roger Dubuis, Panerai, Vacheron Constantin, etc.), on retiendra ici l’extraplat qui n’avait plus fait recette
depuis presque une décennie. Observée comme un frémissement l’an passé, cette tendance considérée à l’égale d’une complication, tant les calibres fins sont difficiles à produire, se confirme. A preuve: Piaget et sa nouvelle Altiplano automatique 43 mm, Vacheron Constantin et ses deux Historiques Extra-Fines*, mais aussi Baume & Mercier (Classima Executive), Ralph Lauren (Slim Classique), Richard Mille (RM 017*), Zenith (Elite 681*) et bien d’autres encore... Toutes vont ainsi à contre-courant de la tendance de l’«oversize» qui semble s’effriter en même temps que s’érode la clientèle occidentale. La nouvelle dynamique de consommation horlogère, qui se situe désormais et plus sûrement en Asie, impose en effet aux marques de réviser à la baisse les orientations volumétriques de leurs créations. Beaucoup de nouveautés sont même présentées en deux tailles pour satisfaire tout le monde…
La qualité au meilleur prix
Alors qu’ETA cessera bientôt l’approvisionnement de calibres mécaniques génériques les plus couramment employés, différentes marques vont devoir très vite réfléchir à leur avenir horloger, faute de disposer des moyens de produire leur propre mouvement. Certaines avaient senti le vent venir, elles s’étaient préparées. Ainsi, à l’instar de Vulcain, Armin Strom, Schwarz Etienne, TAG Heuer ou le français E. Pequignet, elles sont de plus en plus nombreuses à lancer leur propre vision d’un temps régulé par un mouvement mécanique, si possible à des prix raisonnables. Cette
politique de la qualité accessible, depuis longtemps pratiquée par Frédérique Constant ou par le japonais Seiko (qui devrait lancer en Europe sa marque Grand Seiko identifiée comme plus luxe), est également l’orientation prise par Zenith. La manufacture locloise entend proposer des pièces de manufacture à des prix plus abordables, afin de satisfaire les envies d’amateurs exigeants, mais dont les moyens économiques ne permettent pas toutes les folies.
Complications astronomiques
2010 sera également marquée par la recrudescence massive de montres disposant d’équation du temps. Cette complication rare et belle mais aujourd’hui inutile sinon aux marins et aux astronomes, fleurit en effet aux cadrans d’un certain nombre d’instruments horlogers. Visible l’an passé chez Girard-Perregaux, on la retrouve cette année chez Panerai (Luminor 1950 Equation of Time Tourbillon Titane, 50 mm), chez Vacheron Constantin (Excellence Platine Patrimony Traditionnelle cal. 2253) ou encore chez Audemars Piguet (Royal Oak Equation of Time).
Et, comme les astres font toujours rêver, l’approche astronomique, ciels ou phases de lune à clé, trouve une nouvelle dimension esthétique chez Panerai (L’Astronomo), A. Lange & Söhne (Saxonia Calendrier Annuel), Jaeger-LeCoultre (Master Grande Tradition Grande Complication et Duomètre à Quantième Lunaire*) ou Maurice Lacroix (Pontos Décentrique Phases de Lune). Elle se voit même sublimée sur un fond bleu nuit au cadran de la DB25*, l’une des plus belles montres de la manufacture De Bethune.
Conclusion
Pour conclure, on dira du millésime horloger 2010 qu’il est un bon cru marqué par un accent vintage, classique, sobre et esthétique en matière de complications, rehaussé de quelques notes d’originalité surtout en matière de nouveaux calibres. Même si, dans l’absolu et en attendant de plonger dans Baselworld, l’ensemble ne recèle pas d’incroyable et véritable surprise.
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