 |
Les «polymorphes»...
Boîtiers double face, carrures pivotantes, cadrans caméléons, constructions à étages, montres 100% réversibles ou à multiusage: l’heure est aux garde-temps transformistes changeant à volonté de fonction ou de style.
Hervé Genoud
L’idée d’utiliser le fond du boîtier pour y placer un second cadran ne date pas d’hier. On la retrouve déjà sur certaines montres de poche, notamment celles mariant de nombreuses fonctions, où elle permet de répartir sur plus d’espace des indications qui, sans cela, friseraient l’asphyxie. Parmi les exemples les plus connus figure la montre de poche N° 92 double face à grande complication réalisée par Abraham Louis Breguet pour le duc de Praslin vers 1783-1785. Patek Philippe s’est distinguée en la matière avec la Graves de 1933 (24 complications), le fameux Calibre 89 (33 complications) ou encore le Star Caliber 2000. Depuis le tournant du millénaire, le concept de garde-temps double face a également fait son apparition sur les montres-bracelets à grande complication – avec notamment le Sky Moon Tourbillon de Patek Philippe (2001) doté, côté poignet, d’une carte mobile du ciel nocturne, ou le modèle Tour de l’Ile de Vacheron Constantin (2005), alliant 16 complications. Autant de manières d’utiliser au maximum le volume disponible.
Indication annexe
Il arrive aussi que les horlogers choisissent de placer au verso juste une ou deux fonctions – une vogue encouragée par la déferlante des fonds saphir transparents qui ont fait du dos de la montre un spectacle (et un atout marketing) à part entière. Sur le Chronographe Monopoussoir Nicolas Rieussec (2008), Montblanc a ainsi disposé, côté poignet, l’affichage de la réserve de marche, tout comme Panerai l’an dernier sur son nouveau calibre P.9001. Sur la Moser Perpetual 1 de H. Moser & Cie de 2006, c’est le cycle de l’année bissextile qui figure au dos. Autant de fonctions dont on n’a pas forcément besoin à tout instant et qui peuvent justifier d’enlever sa montre pour les consulter. Plus étonnant, sur sa Luvorene, Vincent Bérard place également la seconde au verso. Dans un registre plus futuriste, Urwerk a doté le fond de boîtier de sa célèbre UR-103 d’un control board inspiré des tableaux de bord automobiles, avec indications de la réserve de marche, deux cadrans de réglage 15 minutes et secondes et – hommage à Abraham Louis Breguet – d’une vis d’ajustement de la marche du calibre.
Pivotantes et réversibles
Sur les modèles évoqués jusqu’ici, la face visible au poignet est toujours la même. Mais
il existe aussi des systèmes de boîtiers pivotants permettant d’afficher, à choix, l’une ou l’autre faces. A tout seigneur, tout honneur, la star en ce domaine est bien évidemment la Reverso de Jaeger-LeCoultre, avec son boîtier rectangulaire réversible créé en 1932 pour protéger le cadran lors des matchs de polo. Aujourd’hui encore et dans des tailles et finitions diverses, la grande maison tire parti de ce système original pour afficher notamment un double fuseau horaire, comme sur la Reverso Grande GMT, dotée d’un seul mouvement mécanique pour entraîner les indications à contresens. L’Hybris Mechanica à Triptyque (18 complications) exploite même trois surfaces puisque, aux deux faces du boîtier Reverso, s’ajoute le brancard de la montre, qui affiche un quantième perpétuel.
Si, sur son Instrumento Doppio (2002), de Grisogono propose elle aussi un boîtier double face réversible permettant d’afficher à choix un cadran avec fonctions chronographe et grande date ou un cadran avec second fuseau horaire; sur la Doppio Tre (2003), l’utilisateur dispose de deux fuseaux complets heures/minutes sur une face et d’un troisième fuseau sur l’autre. Même invitation au voyage sur les modèles Persepolis de la marque californienne Ritmo Mundo, avec plusieurs fuseaux répartis sur les deux faces, ou sur les modèles Revelation signés Rotary, avec recto et verso dotés d’esthétiques différentes permettant de varier les styles.
Daniel Roth (désormais «100% bulgarisé», ndlr) a choisi elle aussi d’équiper, en 2008 déjà, sa 220.Y à tourbillon 8 jours et quantième perpétuel d’un boîtier basculant, mais pour dévoiler un second cadran avec quantième perpétuel et phases de lune. En 2009, sur l’Academia Répétition Minutes Tourbillon GMT Antipode de DeWitt, le tourbillon et la répétition minutes se trouvent au recto, le second fuseau horaire au verso. Quant à la Monaco Sixty-Nine de TAG Heuer, lancée en 2006, elle n’hésite pas, elle, à marier les technologies avec, d’un côté, un mouvement mécanique animant des aiguilles H/M/S et, de l’autre, un calibre à quartz affichant sur un mode digital l’heure, le jour, la date, le mois, un second fuseau, un chronographe au 1/100e de seconde, une alarme et un compteur du meilleur tour. A ces constructions pivotantes ajoutons encore celles à boîtiers superposés, permettant, elles aussi, de bénéficier de deux montres en une à l’instar de la désormais classique collection Double Jeu de Piaget ou les Twins de Michel Jordi lancées en 2006.
Les doubles-faces
Mais la nouvelle tendance, encore timide, est à la montre entièrement réversible. Christophe Claret a donné le ton en 2004 en concevant pour Harry Winston l’Opus 4, une montre double face avec «système de retournement» au niveau des attaches de bracelet. Sur la face dite «technique», un affichage heures/minutes avec tourbillon et répétition minutes à timbre cathédrale; sur la face «romantique», un autre affichage heures/minutes complété par une grande phase de lune et un quantième. A la fin de 2008, la marque ultrabranchée Ikepod – de retour sur la scène horlogère, toujours sous la direction artistique du designer Marc Newson – a présenté la Solaris, avec boîtier rectangulaire plat en céramique ou en or, double cadran recto verso et bracelet en maille «milanaise» réversible. Originalité subtile: le bracelet n’est pas attaché aux deux extrémités du boîtier; il surgit d’un côté «sur» le boîtier et de l’autre «sous» ce même boîtier, donnant ainsi toujours l’impression que le modèle est à la fois à l’endroit et à l’envers. Dotée de deux mouvements à quartz indépendants, la Solaris permet d’afficher deux fuseaux horaires différents.
A la fin de 2009, Piaget s’est également fait remarquer avec sa Limelight Twice, une montre pour femmes réversible équipée de deux cadrans permettant de choisir entre élégance raffinée pour le jour et éclat joaillier des grands soirs – le tout à l’aide de deux mouvements à quartz, de bracelets en satin et de force diamants. Pour conserver une esthétique épurée, la couronne a été remplacée par des poussoirs dissimulés dans les attaches du bracelet.
Les multiusages
Projet Bugatti Galibier chez Parmigiani (2009), dont la mise en production dépendra de celle de la voiture éponyme ou, ce printemps, concept Amadeo chez Bovet (lire page 72), le multiusage est à la mode. Dans les deux maisons, l’idée est la même: trouver d’astucieux et intuitifs systèmes pour transformer sa montre-bracelet en montre de poche, en montre bijou (sautoir ou broche) ou, encore, en pendulette de bureau et, pour la première citée, en montre de tableau de bord.
As de la métamorphose
Autre tendance prometteuse: les cadrans se transformant à l’envi pour afficher tantôt plusieurs finitions – Cartier Santos Triple 100 «Toblerone» ou collections Michael Bittel (lire Montres Passion N° 37, hiver 2008) – et tantôt diverses fonctions. En 2005 déjà, de Grisogono en avait donné un avant-goût sur son Occhio Ripetizione Minuti avec un cadran diaphragme s’ouvrant pour laisser apparaître le mécanisme de répétition minutes. Depuis, la marque a persisté dans cette voie et signé la Fuso Quadrato (2009) avec un second fuseau caché derrière un cadran diaphragme ou l’Otturatore (2008) avec, cette fois, un cadran mobile bidirectionnel permettant d’afficher à choix la seconde, la date, la réserve de marche ou les phases de lune par simple pression sur un poussoir.
Ce printemps, la magie est de nouveau à l’honneur sur le tout nouveau modèle Metamorphosis de Montblanc, conçu par deux jeunes constructeurs horlogers, Johnny Girardin et Franck Orny. Il suffit d’actionner le verrou situé à gauche du boîtier pour que, en une quinzaine de secondes, le cadran change d’esthétique et fasse apparaître un chronographe grâce à un mécanisme de disques pivotants et de leviers très sophistiqués.
Variations sur les styles, variations sur les fonctions, touche ludique et caractère polyvalent, les montres «polymorphes» ont décidément le vent en poupe.
|
 |