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Montblanc pari horloger réussi!
Didier Pradervand
Entrée en horlogerie il y a douze ans, la marque à l’étoile a réussi un incroyable parcours dans sa quête de légitimité horlogère. Rencontre avec Lutz Bethge, son CEO.
La cinquantaine élégante et classique, le sourire chaleureux, le regard bleu, franc et droit, Lutz Bethge préside aux destinées de Montblanc International depuis 2007, mais y est entré en 1990 déjà.
A cette date, la marque n’avait pas encore mis le pied dans le monde de l’horlogerie. L’homme aura donc suivi toutes les étapes de la montée en puissance d’une maison dans l’univers de la montre, une maison connue partout dans le monde pour ses instruments d’écriture.

Pourquoi, il y a douze ans, la décision de vous diversifier dans l’horlogerie?
Parce que, contrairement à ce que beaucoup croient, il y a entre l’horlogerie et les instruments d’écriture bien plus de points ­communs qu’on ne le pense. Celui d’abord de la compétence manufacturière, la possibilité ­ensuite d’offrir des pièces exceptionnelles, uniques, entièrement faites à la main, la complémentarité des métiers d’art et celle de pouvoir proposer à nos clients des «produits» personnels, intimes et quasi éternels dans leur essence, leur design. Et puis, commercialement parlant, nous avions tous les atouts en main: une très forte notoriété de la marque, un excellent réseau de distribution à travers le monde et, enfin, il faut le reconnaître, la montre offrait par ailleurs à la fois plus de créativité et de ­potentiels de croissance que les seuls instruments d’écriture.
Douze ans plus tard, le pari est-il réussi, est-ce que Montblanc l’horloger existe?
Sans arrogance aucune, je répondrai oui, puisque l’horlogerie représente déjà plus de 20% de notre activité dans certains pays. Et puis, malgré la crise actuelle, la partie montres s’est accrue dans la dernière année ­fiscale. Par ailleurs, ce prix accordé au chronographe Nicolas Rieussec prouve que nous avons visé juste en axant notre développement horloger sur la montée en puissance de nos propres mouvements mécaniques.
Pourtant, qui dit Montblanc répond encore souvent spontanément plumes et stylos?
Oui, et nous en sommes fiers, mais, aujourd’hui, de plus en plus de gens pensent aussi montres et bijoux. Nous sommes sur la bonne voie pour établir une marque diversifiée...
Montblanc résumée en trois mots?
C’est un défi de se limiter à seulement trois mots, je préfère trois idées, trois principes, à savoir: artisanat et savoir-faire, design et produit intemporels et, enfin, clientèle mariant ­réussite personnelle, professionnelle et intérêt pour la culture.
Ses faiblesses ou points à améliorer?
Accroître encore et toujours notre légitimité horlogère, tout en améliorant la qualité de ­notre réseau de vente, le service et le conseil. Nous y travaillons, et certains chiffres le prouvent. Ainsi, la part des montres mécaniques dans notre production dépasse désormais les 70%, 60% sont des chronographes et 15% de nos montres sont équipées de nos propres mouvements. Nous disposons désormais de 11 mouvements, soit trois pour la collection Rieussec et huit pour celle de haute horlogerie Villeret. Quant à notre réseau de vente, nous l’avons repensé, recentré et concentré. Il a ainsi diminué de deux tiers depuis 1992 et, dans les deux dernières années, notre distribution traditionnelle a continué d’être réduite et adaptée à nos besoins.
Combien avez-vous désormais de points de vente en nom et de «flagship stores»?
Environ 360 pour les premiers et une petite quinzaine pour les seconds. Nous venons d’inaugurer une boutique emblématique rue de la Paix à Paris et d’autres devraient suivre en 2010. Mais attention, ouvrir un flagship­store pour en ouvrir un ne fait pas partie de nos
objectifs. Nous sommes très précautionneux en la matière, il faut que le lieu soit parfait, tant dans sa configuration que sa localisation.
Est-ce que vous estimez que Montblanc est désormais une manufacture horlogère?
Si on considère qu’être une manufacture horlogère, c’est à la fois concevoir, fabriquer, décorer, monter et assembler ses mouvements et ses montres à l’interne, alors, de nouveau et sans arrogance, je répondrai oui, même s’il nous faut encore travailler pour améliorer ce périmètre. A l’instar de ce que nous faisons à ­Hambourg avec les instruments d’écriture, nous possédons désormais deux centres de production horlogère, l’un au Locle pour les mouvements Rieussec, l’autre à Villeret (ancienne manufacture Minerva, reprise par Montblanc en 2007) pour la haute horlogerie et les pièces uniques des collections éponymes. Et puis, nous bénéficions, ne l’oublions jamais, du support du groupe Richemont et de son centre de compétence horlogère ValFleurier.
Pourtant, on a souvent l’impression qu’il y a deux marques, Montblanc et Villeret?
C’est une erreur, ce sont des collections différentes au sein d’une seule et même marque, Montblanc. Par analogie, je dirais que Rieussec, c’est notre Meisterstück horloger; quant à Villeret, qui héberge l’Institut Minerva de recherche en haute horlogerie, son objectif est de produire des nouveaux calibres et des montres d’exception chaque année, édités en séries limitées et déclinés sur deux ans. Une fois cette production écoulée, un nouveau mouvement remplacera l’ancien; ainsi, ces montres et cette collection garderont leur caractère exclusif et 100% Villeret. Mais attention, je tiens à rappeler que, avec Villeret, nous ne sommes pas dans une course de complications de plus en plus sophistiquées. Nous voulons avant tout réhabiliter la belle horlogerie, répondre aux demandes de nos collectionneurs, intéressés à acquérir des pièces uniques ou alors des montres à la facture parfaite mais éditées en séries limitées.
Que répondez-vous à ceux qui disent de Montblanc qu’elle viserait à devenir le Louis Vuitton de Richemont?
Que la comparaison est flatteuse mais fausse; jamais, nous ne basculerons comme Vuitton dans un réseau de vente Retail exclusivement. Nous avons besoin de la compétence, du talent et des connaissances de nos distributeurs et détaillants.
Quid alors d’une concurrence avec Cartier puisque, comme elle, vous vendez des montres, de la sellerie, de la soierie, des lunettes, des parfums, des bijoux...?
Vous êtes seul maître de cette comparaison. Mais une chose est sûre, et même si nous appartenons au même groupe, toutes les marques sont en concurrence les unes avec les autres. C’est la loi du genre dans le monde du luxe, puisque c’est celui, j’aime à le rappeler, du love business. Vous achetez nos produits soit pour vous, soit pour les offrir à quelqu’un(e) que vous aimez.
Avec Villeret et certaines montres Montblanc, vous visez une position haut de gamme, alors que, aujourd’hui, crise oblige, nombres de spécialistes estiment que l’avenir réside dans un moyen de gamme, accessible, original et innovant?
Oui, mais cette approche n’aura qu’un temps, elle ne durera pas toujours. Le besoin de différenciation, l’aspiration à posséder des objets uniques, créatifs et de qualité ne disparaîtront pas. J’en veux pour preuve que les commandes de montres estampillées Villeret dépassent, comme pour notre Tourbillon, nos capacités de production. Nous devons bien sûr nous adapter aux circonstances du moment, ne pas faire de folies, mais ne pas fondamentalement revoir notre stratégie. Certes, nos clients sont et seront plus exigeants et critiques que par le passé. A nous dès lors de leur proposer des produits qui ont une vraie valeur, des produits de qualité et créatifs. Car, s’il est une chose qu’il ne faut jamais oublier ou négliger, c’est bien celle de la créativité.
Quelle stratégie pour Montblanc d’ici à quatre ans?
Persévérer, développer notre identité manufacturière en proposant encore plus de montres et de mouvements maison.
Si vous aviez un rêve pour Montblanc, lequel serait-il?
Depuis douze ans, nous vivons notre rêve et il n’est de loin pas achevé...

© Copyright by Montres Passion - www.montrespassion.ch - 09.09.2010  Haut de la page